Il n'y a pas de meilleure preuve que le Parfum est Culture que les 1216 pages du magnifique ouvrage anthologie signé par Elisabeth de Feydeau et publié avec le concours de Firmenich.
Dans Les Parfums : Histoire, Anthologie, Dictionnaire
Quand j'ai lu les pages signées par les grands compositeurs de parfums d'aujourd'hui (Alberto Morillas, Jacques Cavallier, Jacques Polge, François Demachy, Mathilde Laurent, etc.) j'ai eu un soudain désir de brûler pour hérésie toutes les équipes de marketing et de jeter dans le Styx les tonnes de parfums inutiles. Le Marketing s'écrit avec M comme mort et masse car cette agonie est l'écho de la parfumerie industrielle mainstream. L'âme des créateurs a été emprisonnée, voilà ce que les 100 pages du chapitre "Propos de parfumeurs" dévoilent à travers des textes qui n'ont jamais été exposés au public et signées par 21 compositeurs de parfum.
On n'a pas accès à cette beauté intérieure et à cette richesse anoblie par le savoir car l'idée naissante d'un parfum, sa Culture, est victime d'un double carnage signé Commerce et Communication. Il faut écouter le parfumeur car c'est lui le joyau d'une maison de parfum et le seul auteur d'un parfum.
L'anthologie d'Elisabeth de Feydeau donne la parole à des parfumeurs pour expliquer leur travail, leur vision, leur philosophie et grande culture olfactive, malheureusement occultée par la manière dont cette industrie c'est habituée à fonctionner. On connaît très peux ces grands artistes qui sculptent l'invisible. Comment ne pas obéir au Parfum quand l'auteur parle et maîtrise le mot avec autant de grâce qu'il maîtrise l'Odeur?.
En même temps, certains textes s'érigent aussi dans un manifeste du parfum qui explique après des années ce qu'on appelle de manière assez vulgaire "tendance". Il n'y a pas de Tendance, il y a le Style d'un parfumeur qui s'impose à ceux qui pensent saisir l'air du temps à travers des études très chères. Toute la transparence des années 90, même quand cette transparence n'était plus aquatique, porte un nom - Alberto Morillas. Esthète de la Nature, aux racines ibériques de l'aride Andalousie dans un paysage helvétique "imbibé" d'eau, il va cultiver l'eau rêvée, sublimée par la mémoire, à travers l'idée de jardin clos, maîtrisée et cultivée, à la fois présence imaginaire et réelle car il s'est énormément investi dans son propre jardin à Genève.
Jacques Polge parle du parfum comme un conservateur des infinis visages du vivant qui doit laisser des traces de son passages, non des preuves car seules les traces font rêver. "On ne crée jamais de nouvelles odeurs, mais de nouveaux parfums. Il m'apparaît donc indispensable de définir un territoire olfactif à partir de parfums anciens ou disparus pour les transformer."
Jacques Cavallier évoque une phrase de Picasso qui le poursuit depuis toujours et insiste sur l'importance d'oser dans la création du parfum car maintenant "nous avons la possibilité de créer des effets que la Nature s'interdit".
Olivier Pescheux parle des parfums d'anticipation et imagine les parfums d'utopie pour projeter le lecteur vers un futur imaginaire. Son texte porte le parfum dans le nouveau siècle à travers une vision innatendue.
Pour François Demachy "Le parfum est un métier vivant en permanente mutation sur des bases éternelles", son texte est d'une riche profondeur.
100 pages de pensée pure sur le parfum et la création, voilà ce que j'attendais depuis longtemps car tout manifeste d'un grand créateur est comme un ingrédient magique qui accélère la germination de cette belle graine - la Haute Parfumerie.
La prouesse magistrale de réunir tout un savoir et de l'expliquer dans Les Parfums : Histoire, Anthologie, Dictionnaire se heurte parfois à une vision très française de la parfumerie et de l'histoire. Il y a des lacunes assez importantes au niveau de l'histoire du parfum qui s'expliquent par le manque presque total des lectures dans une autre langue. Il y a tout un savoir ancien écrit en anglais, italien ou allemand qui manque pour la simple raison qu'il n'a jamais été traduit en français. Je pense notamment au domaine de la création et de la science. Il y aussi beaucoup d'aspects de l'histoire du parfum au XIX et XXeme siècle avec lesquels je ne suis pas du tout d'accord (notamment quelques grands parfums) puisque on perpétue des stéréotypes sans avoir senti les parfums de l'époque pour en tirer la juste conclusion. Par exemple les inexactitudes sur Coty et Guerlain et toute l'époque 1880-1940.
100 pages de pensée pure sur le parfum et la création, voilà ce que j'attendais depuis longtemps car tout manifeste d'un grand créateur est comme un ingrédient magique qui accélère la germination de cette belle graine - la Haute Parfumerie.
La prouesse magistrale de réunir tout un savoir et de l'expliquer dans Les Parfums : Histoire, Anthologie, Dictionnaire se heurte parfois à une vision très française de la parfumerie et de l'histoire. Il y a des lacunes assez importantes au niveau de l'histoire du parfum qui s'expliquent par le manque presque total des lectures dans une autre langue. Il y a tout un savoir ancien écrit en anglais, italien ou allemand qui manque pour la simple raison qu'il n'a jamais été traduit en français. Je pense notamment au domaine de la création et de la science. Il y aussi beaucoup d'aspects de l'histoire du parfum au XIX et XXeme siècle avec lesquels je ne suis pas du tout d'accord (notamment quelques grands parfums) puisque on perpétue des stéréotypes sans avoir senti les parfums de l'époque pour en tirer la juste conclusion. Par exemple les inexactitudes sur Coty et Guerlain et toute l'époque 1880-1940.
Il y a aussi les mêmes erreurs sur les aldéhydes, la naissance du parfum Chanel No5 et sa filiation olfactive, l'auteur ne me semble pas au courant avec les dernières recherches ni avec les parfums français de l'époque qui étaient des succès mais aussi des innovations olfactives.
Une erreur qui se retrouve souvent dans l'ouvrage est la date du Livre de Septimus Piesse, il y a 3 dates différentes dont une posthume. Ce sont des éditions françaises et non l'original. L'auteur ne connait pas son biographie car dans le dictionnaire il dit "Dans Chimie des parfums, ecrit en 1897, ce parfumeur et chimiste nous fait un exposé des recherches ..." Piesse était mort depuis 1882. La même remarque pour Rimmel.
page 215 - "acétate de styralyle synthétisé au début des années 40". FAUX. il y a déjà dans Crêpe de Chine (1925) et Gardenia de Chanel pour ne pas citer les formulaires de parfumerie des années 20 ou 30 comme Poucher et Cola. à voir aussi tous mes articles sur la note gardénia.
page 169 - la découverte de la ionone en 1898 / page 1172 - découverte de la ionone en 1893
page 148 - Vent vert, premier parfum vert composé à partir de 8% de quinoléine
page 53 - "l'histoire" de Samsara type dossier de presse, contredite par les propos de Jean Paul Guerlain dans l'anthologie page 642
A son tour, le dictionnaire porte des erreurs, il est à la fois très dense sur un sujet, et trop court sur d'autres. Par exemple, il y a un bon nombre de parfums anciens qui n'ont aucune description olfactive, il ne fallait pas les introduire si l'auteur ne les a jamais sentis. La maison Piver est réduite à une demi page sans citer les grandes créations de la maison qui ont changé l'histoire comme si l'auteur n'a jamais entendu ou senti toutes ces merveilles.
Le parfum Glamour de Bourjois est presenté sans même évoquer le parfum Glamour de Chanel, lancé 10 ans auparavant pour le marché américain.
Pour Fumée de Lubin lancé en 1934 l'auteur parle de Paul Prot, déjà mort en 1924.
L'odeur de la fleur de freesia n'a rien à voir avec la description "capiteuse" - il y a plein de fleuristes à Paris pour vérifier l'odeur.
La date de naissance du Parfum Idéal n'est pas bonne, ainsi que de Coeur de Jeanette, toujours Houbigant. Page 406, Coeur de Jeanette (1900), page 1037, Coeur de Jeanette (1908) - aucune des dates n'est la bonne.
De même, l'auteur ne connait pas bien l'histoire de la mode quand il parle de Weil - c'était quand même une maison de fourrure (voilà pourquoi les parfums des années 20-40 sont Hermine, Zibeline, Antilope), le prêt à porter c'est une autre époque (années 50 et la maison s'écrit avec deux L, un seul L pour les parfums). "Réfugiée aux Etats Unis en 1940, la famille Weill prend le temps d'y lancer Secret de Vénus avant de rentrer à Paris à la Libération." Secret de Vénus est une ligne fameuse de 1933 - huile de bain.
L'histoire de Youth Dew est encore une fois une grande inconnue. L'auteur ne connait point la parfumerie américaine avant Lauder, encore moins les huiles de bain très parfumées comme Secret de Venus ou Abano que j'ai discuté sur le blog.
C'est intéressant de voir comment le parfum Mais Oui (Bourjois) est presenté, comme une création romantique - à savoir qu'il y a une overdose de la base Animalis qui sent tout autre chose.
Il y a 4 pages sur la grande Maison Lubin, pourtant aucun parfum du XIXeme siècle n'est cité - c'était quand même l'âge d'or de cette maison française.
J'aurais aimé lire l'évocation de l'art du parfum dans d'autres pays. C'est une des raisons pour laquelle j'ai fait la conférence sur la Russie pour montrer une richesse qui n'est pas connue à Paris. J'y ajouterai toute la parfumerie anglaise du XIXeme siècle que j'évoque de plus en plus souvent sur le blog et les traités de parfumerie de la Chine ancienne et Inde où j'ai trouvé des idées très intéressantes.
Une erreur qui se retrouve souvent dans l'ouvrage est la date du Livre de Septimus Piesse, il y a 3 dates différentes dont une posthume. Ce sont des éditions françaises et non l'original. L'auteur ne connait pas son biographie car dans le dictionnaire il dit "Dans Chimie des parfums, ecrit en 1897, ce parfumeur et chimiste nous fait un exposé des recherches ..." Piesse était mort depuis 1882. La même remarque pour Rimmel.
page 215 - "acétate de styralyle synthétisé au début des années 40". FAUX. il y a déjà dans Crêpe de Chine (1925) et Gardenia de Chanel pour ne pas citer les formulaires de parfumerie des années 20 ou 30 comme Poucher et Cola. à voir aussi tous mes articles sur la note gardénia.
page 169 - la découverte de la ionone en 1898 / page 1172 - découverte de la ionone en 1893
page 148 - Vent vert, premier parfum vert composé à partir de 8% de quinoléine
page 53 - "l'histoire" de Samsara type dossier de presse, contredite par les propos de Jean Paul Guerlain dans l'anthologie page 642
A son tour, le dictionnaire porte des erreurs, il est à la fois très dense sur un sujet, et trop court sur d'autres. Par exemple, il y a un bon nombre de parfums anciens qui n'ont aucune description olfactive, il ne fallait pas les introduire si l'auteur ne les a jamais sentis. La maison Piver est réduite à une demi page sans citer les grandes créations de la maison qui ont changé l'histoire comme si l'auteur n'a jamais entendu ou senti toutes ces merveilles.
Le parfum Glamour de Bourjois est presenté sans même évoquer le parfum Glamour de Chanel, lancé 10 ans auparavant pour le marché américain.
Pour Fumée de Lubin lancé en 1934 l'auteur parle de Paul Prot, déjà mort en 1924.
L'odeur de la fleur de freesia n'a rien à voir avec la description "capiteuse" - il y a plein de fleuristes à Paris pour vérifier l'odeur.
La date de naissance du Parfum Idéal n'est pas bonne, ainsi que de Coeur de Jeanette, toujours Houbigant. Page 406, Coeur de Jeanette (1900), page 1037, Coeur de Jeanette (1908) - aucune des dates n'est la bonne.
De même, l'auteur ne connait pas bien l'histoire de la mode quand il parle de Weil - c'était quand même une maison de fourrure (voilà pourquoi les parfums des années 20-40 sont Hermine, Zibeline, Antilope), le prêt à porter c'est une autre époque (années 50 et la maison s'écrit avec deux L, un seul L pour les parfums). "Réfugiée aux Etats Unis en 1940, la famille Weill prend le temps d'y lancer Secret de Vénus avant de rentrer à Paris à la Libération." Secret de Vénus est une ligne fameuse de 1933 - huile de bain.
L'histoire de Youth Dew est encore une fois une grande inconnue. L'auteur ne connait point la parfumerie américaine avant Lauder, encore moins les huiles de bain très parfumées comme Secret de Venus ou Abano que j'ai discuté sur le blog.
C'est intéressant de voir comment le parfum Mais Oui (Bourjois) est presenté, comme une création romantique - à savoir qu'il y a une overdose de la base Animalis qui sent tout autre chose.
Il y a 4 pages sur la grande Maison Lubin, pourtant aucun parfum du XIXeme siècle n'est cité - c'était quand même l'âge d'or de cette maison française.
J'aurais aimé lire l'évocation de l'art du parfum dans d'autres pays. C'est une des raisons pour laquelle j'ai fait la conférence sur la Russie pour montrer une richesse qui n'est pas connue à Paris. J'y ajouterai toute la parfumerie anglaise du XIXeme siècle que j'évoque de plus en plus souvent sur le blog et les traités de parfumerie de la Chine ancienne et Inde où j'ai trouvé des idées très intéressantes.
Malgré les petites erreurs pour l'oeil très fin, l'ouvrage Les Parfums : Histoire, Anthologie, Dictionnaire
est un magnifique panorama de la parfumerie et un des meilleurs cadeaux qu'on peut offrir par sa richesse et densité exceptionelles.
Ce livre fort attendu par moi est desormais sur Amazon d'où je viens de l'acheter, je ne l'ai pas vu dans les librairies parisiennes.
Did you enjoy my article? Sign up for updates about new fragrances, reviews of artistic perfumes and exceptional vintage masterpieces. I would be very happy if you would consider joining 1000 Fragrances, throughRSS feed,GoogleFriend connect, Facebook (more personal), or any other way that appeals to you.
Fragrance is the 8th Art - Octavian Coifan - Le Parfum est le 8ème Art














